Il est une mesure proposée par le livre vert des États généraux de la presse écrite qui sera probablement passée à la trappe mais qui a le mérite de poser un des problèmes cruciaux du journalisme numérique. À savoir la station du journaliste. Je m’explique.
Dans les rédactions conventionnelles, il était jusque récemment de bon ton que le journaliste sache flâner, traîner, laisser divaguer ses oreilles, aille en reportage, flaire l’air du temps. Avec l’entrée des ordinateurs sur les plateaux, dans les salles de rédactions, puis la pression de rentabilisation du travail des journalistes, le recours au téléphone pour les interviews, cet esprit s’est évanoui. L’intrusion du web sur nos ordinateurs a amplifié cette évolution. Elle a ravi les responsables de rédaction qui pouvaient, toutes informations étant désormais à portée de main, commencer de nous transformer en prolongement de nos laptops. Pourquoi nous envoyer en reportage alors que nous pouvons tout trouver sur le net ?
Encourager le reportage
C’est pour contrer cette tendance que le pôle III des états généraux dans son sous-groupe « Contenu » propose de favoriser le journalisme debout (page 55). En doublant l’abattement sur les cotisations sociales (pour le porter à 60 %), et en supprimant complètement l’abattement sur les salaires des journalistes assis… Si ce dispositif ingénieux peut prévaloir aisément pour les entreprises de presse web dont les statuts sont proposés par les États généraux, il sera plus difficile à imposer dans les rédactions papier où les journalistes sont souvent à la fois debout et assis. Néanmoins, sa mise en œuvre inciterait probablement les entreprises à continuer de produire des reportages au lieu de nous laisser, bientôt autistes, cadenassés à nos claviers, tout juste bons à mettre de l’ordre dans le flux infernal des informations plus ou moins manipulées qui se déverse sur le monde.
PS : Autre proposition intéressante de ce même sous-groupe, la création d’une spécialisation “éditing” ou mise en scène visuelle de l’information, dans les écoles de journalisme, qui permettrait aux journalistes de reprendre le contrôle la mise en forme de l’information, la maîtrise du fond, et de la forme, cette dernière, on le voit dans les sites web d’information, le plus souvent laissée à des designers et des programmateurs.
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